
Atto di Mediazione di Napoleone - 19 Febbraio 1803
Bonaparte, premier Consul de la République, Président
de la République italienne, aux Suisses.
L'Helvétie, en proie aux dissensions, était
menacée de dissolution : elle ne pouvait trouver en
elle-même les moyens de se reconstituer. L'ancienne affection
de la nation française pour ce peuple recommandable, qu'elle a
récemment défendu par ses armes et fait
reconnaître comme puissance par ses traités;
l'intérêt de la France et de la République
italienne, dont la Suisse couvre les frontières; la demande du
sénat, celle des cantons démocratiques, le voeu du
peuple helvétique tout entier, nous ont fait un devoir
d'interposer notre médiation entre les partis qui le divisent.
Les sénateurs Barthélemy, Roederer, Fouché et
Desmeunier ont été par nous chargés de
conférer avec cinquante-six députés du
sénat helvétique, et des villes et cantons,
réunis à Paris. Déterminer si la Suisse,
constituée fédérale par la nature, pouvait
être retenue sous un gouvernement central autrement que par la
force ; reconnaître le genre de constitution qui était
le plus conforme au voeu de chaque canton ; distinguer ce qui
répond le mieux aux idées que les cantons nouveaux se
sont faites de la liberté et du bonheur ; concilier dans les
cantons anciens les institutions consacrées par le temps avec
les droits restitués à la masse des citoyens : tels
étaient les objets qu'il fallait soumettre à l'examen
et à la discussion. (...) Ayant ainsi employé tous les
moyens de connaître les intérêts et la
volonté des Suisses, nous, en qualité de
médiateur, sans autre vue que celle du bonheur des peuples sur
les intérêts desquels nous avions à prononcer, et
sans entendre nuire à l'indépendance de la Suisse,
statuons ce qui suit :
Art. 1.- Les dix-neuf cantons de la Suisse, savoir : Appenzell,
Argovie, Bâle, Berne, Fribourg, Glaris, Grisons, Lucerne,
St-Gall, Schaffhouse, Schwytz, Soleure, Tessin, Thurgovie, Unterwald,
Uri, Vaud, Zoug et Zurich, sont confédérés entre
eux, conformément aux principes établis dans leurs
constitutions respectives. Ils se garantissent réciproquement
leur constitution, leur territoire, leur liberté et leur
indépendance, soit contre les puissances
étrangères, soit contre l'usurpation d'un canton ou
d'une faction particulière. (...)
Art. 25.- Chaque canton envoie à la Diète un
député, auquel on peut adjoindre un ou deux conseils,
qui le remplacent en cas d'absence ou de maladie.
Art.26.- Les députés à la Diète ont des
instructions et des pouvoirs limités, et ils ne votent pas
contre leurs instructions. (...)
Art.40.- Le présent acte ainsi que les constitutions des
dix-neuf cantons abrogent toutes les dispositions antérieures
qui y seraient contraires ; aucun droit, en ce qui concerne le
régime intérieur des cantons et leur rapport entre eux,
ne peut être fondé sur l'ancien état politique de
la Suisse.
Le repos de la Suisse, le succès des nouvelles institutions
qu'il s'agit de former, demandent que les opérations
nécessaires pour les faire succéder à l'ordre de
choses qui finit, et pour transmettre à de nouvelles
magistratures le soin du bonheur du peuple soient garanties de
l'influence des passions, exemptes de tout ce qui pourrait les animer
et les mettre aux prises, exécutées avec
modération, impartialité, sagesse. On ne peut
espérer une marche convenable que de commissaires
nommés par l'Acte de médiation même et
animés de l'esprit qui l'a dicté.
Par ces considérations, nous, en notre dite qualité, et
avec la réserve précédemment exprimée,
statuons ce qui suit :
Art. 1.- Pour l'an 1803, le canton directeur est Fribourg. (...)
Art.10.- Le 15 avril, la constitution sera en activité : pour
le 1er juin, chaque canton aura nommé ses
députés à la Diète et
rédigé leurs instructions ; et le premier lundi de
juillet de la présente année, la Diète se
réunira. (...)
Le présent Acte, résultat de longues conférences
entre les esprits sages et amis du bien, nous a paru contenir les
dispositions les plus propres à assurer la pacification et le
bonheur des Suisses.
Aussitôt qu'elles seront exécutées, les troupes
françaises seront retirées.
Nous reconnaissons l'Helvétie, constituée
conformément au présent Acte, comme puissance
indépendante.
Nous garantissons la constitution fédérale et celle de
chaque canton contre les ennemis de la tranquillité de
l'Helvétie, quels qu'ils puissent être; et nous
promettons de continuer les relations de bienveillance qui, depuis
plusieurs siècles, ont uni les deux nations.
Une médiation
génitrice d’une Suisse moderne
Afin d’accomplir son rôle de médiateur, Bonaparte, en 1802, demande que des
représentants du gouvernement helvétique, des cantons et des communes viennent
à Paris pour consultation.
C’est au général Ney, devenu ministre plénipotentiaire de la République
française auprès du gouvernement helvétique, qu’incombe le choix d'une
soixantaine d’hommes compétents et modérés qui composeront cette consultation. En
outre, tout citoyen helvète peut faire connaître son avis par écrit. En
majorité, les fédéralistes refusent cette invitation ; ils craignent d’être
placés devant un fait accompli, le Premier consul français se faisant
reconnaître comme Président de la République helvétique, à l’exemple de la
République italienne. Seuls une vingtaine d’entre eux iront dans la capitale
française.
Quatre sénateurs français de haut vol assistent Bonaparte; ils seront la
courroie de transmission. Ce sont François Barthélemy, ancien ambassadeur de
France en Suisse; Jean Nicolas Demeunier qui, dans 1’ «Encyclopédie méthodique
», a décrit les Etats du Corps helvétique sous l’Ancien Régime; Louis Roederer,
un célèbre juriste du Consulat, et Joseph Fouché, l’ancien ministre de la
police qui quadrilla la France et ses satellites d’un efficace réseau
d’indicateurs.
La Consulta est informée, le 10 décembre 1802, des options
constitutionnelles choisies par le Premier consul. Il dit entre autres:
«La nature a fait votre Etat fédératif.
Vouloir la vaincre ne peut être d’un homme sage.
Les circonstances, l’esprit des siècles passés,
avaient établi chez vous des peuples souverains et des peuples sujets. De
nouvelles circonstances et l’esprit différent d’un nouveau siècle, plus
d’accord avec la raison, ont rétabli 1 ‘égalité de droits entre toutes les
portions de votre territoire.
Plusieurs de vos Etats ont suivi pendant des siècles
les lois de la démocratie la plus absolue,~ d’autres ont vu quelques familles s
‘emparer du pouvoir,(...)
Ce qui est en même temps le désir, 1 ‘intérêt de votre
Nation et des vastes Etats qui vous environnent, est donc:
L ‘égalité de droits entre vos dix-huit
Cantons;
Une renonciation
sincère et volontaire aux privilèges, de la part des familles
patriciennes;
Une
organisation fédérative, où chaque Canton se trouve organisé suivant sa
langue, sa religion, ses moeurs, son intérêt et son opinion.
La chose la plus
importante, c ‘est de fixer l’organisation de chacun de vos dix-huit Cantons.
L ‘organisation des
dix-huit Cantons une fois arrêtée, il restera à déterminer les relations qu
‘ils devront avoir entre eux; et dès lors votre organisation centrale,
beaucoup moins importante en réalité que votre organisation cantonale.
(...) Situé au sommet des chaînes de montagnes qui séparent la France,
l’Allemagne et l’Italie, vous participez à la fois de l’esprit de ces
différentes Nations.
La neutralité de
votre pays, la prospérité de votre commerce et une administration de famille
sont les seules choses qui puissent agréer à votre peuple et vous maintenir.»
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